Je n’ai pas commencé cette histoire dans la douceur.
Je l’ai commencée dans l’ivresse d’un amour qui paraissait vaste.
On a été à Miami.
On a été à New York.
On a été à Monaco.
On se prenait pour un couple fait pour le monde, pour le grand, pour l’ailleurs.
On parlait avenir comme on respire : naturellement, comme si rien ne pouvait se fissurer.
Au début, tout ressemblait à une promesse :
des projets, des rires, un futur dessiné à deux.
J’y ai cru.
J’y ai mis mon cœur.
J’y ai déposé ma confiance.
Puis j'ai le rêve s’est fissuré.
À six mois de grossesse, la vérité m’a frappée:
L’homme que j’aimais et menait une double vie.
Deux visages.
Deux vérités parallèles.
Une autre femme.
D’autres proches.
Un quotidien entier construit ailleurs, mais vécu en même temps que le nôtre.
En réalité, je partageais un homme sans le savoir.
Ce jour-là, quelque chose en moi s’est figé.
Mais je ne me suis pas écroulée.
Je suis partie.
J’ai quitté l’illusion, la façade, la fiction que l’on m’avait vendue.
J’ai couru à la maternité comme on court vers l’oxygène quand on étouffe.
Je voulais retirer son nom.
Je voulais effacer sa trace.
Je voulais protéger la seule chose encore vraie : l’enfant que je portais.
Il m’avait menti.
Il m’avait volé.
Il m’avait trahie.
Et je refusais de me trahir moi-même.Ce qui est étrange, c’est qu’à la base, je ne voulais même pas être mère.
Je n’y aspirais pas.
C’est lui qui avait soufflé ce rêve.
Comme si c’était notre projet.
Et soudain, il n’y avait plus de « nous ».
Juste moi.
Et un ventre qui continuait de grandir.
Puis l’accouchement est arrivé.
Violent.
Brutal.
Hémorragie.
Un coup de tonnerre dans mon corps.
Le sang qui s’échappe trop vite.
Plus d’un litre.
Les voix qui se distancient.
Les regards qui s’accélèrent.
La salle qui tourne.
Le monde qui rétrécit.
Mon corps a lâché.
Comme si quelque chose cédait en moi.
Moi qui pensais être forte.
Moi qui avais déjà survécu à tant.
Dans cette chute, je me suis sentie glisser vers un noir sans fond.
Et dans cet effacement, une seule pensée a résisté:
Je veux vivre pour elle.
Quand j’ai rouvert les yeux, elle était là.
Minuscule.
Paisible.
Vivante.
Et tout en moi a compris.
Ce que je prenais pour une fin
était un commencement.
Ce que je croyais être une perte
était une renaissance.
Il m’avait dit:
« Cet enfant va gâcher ta vie. »J’aurais pu le croire.
Oui, j’ai tremblé.
Oui, j’ai douté.
Mais il avait tort.
Elle a n’a pas gâché ma vie.
Elle l’a révélée.
Avec elle, le gris est devenu rose pastel.
La douleur a trouvé un sens.
Elle n’a pas comblé un vide : elle a transformé ma façon d’exister.
Ma fille n’est pas l’ombre de mon passé.
Elle est la lumière de mon présent.
Elle est le sel, l’épice, la couleur, ce qui manquait à ma vie sans que je le sache.
Elle est la sublimation :
la preuve que l’on peut transformer la douleur en amour,
le manque en force,
la chute en envol.
La preuve que du chaos peut naître la beauté.
ÉLODIE